Inquiétude sur la capacité française à réagir à une crise pandémique.

Publié le par ryback

Jean-Marie Le Guen, député PS de Paris, est président de la mission parlementaire sur la grippe aviaire.

A quelques jours de la remise du rapport qui portera sur «l'évaluation du plan gouvernemental de prévention», il fait part de son inquiétude sur l'état de sensibilisation de la société française.

Il est de mon devoir de lui faire connaître nos inquiétudes concernant la mise en oeuvre de notre préparation au risque pandémique. Que ce soit dans le cadre de la mission parlementaire que je préside, mais aussi par mes contacts personnels, je constate que notre système de soins et, plus largement, la société française ne sont pas préparés à faire face à une éventuelle pandémie.

Pourtant, le gouvernement répète que son plan est le plus en pointe en Europe, par exemple sur l'importance du stockage des médicaments antiviraux, mais aussi sur le stockage des masses.

Dans le plan gouvernemental, on surestime la réponse technique. Face à la pandémie à venir, je considère que la réponse politique est défaillante. On se flatte d'avoir acheté tant de tonnes de Tamiflu et tant de masques. Mais cela ne suffira pas. Si la pandémie arrive, cela se traduira par une dislocation de la vie sociale. Il faut y réfléchir. Ce qui est en cause, c'est la relation par trop administrative de l'Etat avec la société française.

Prenons l'exemple des hésitations actuelles à réfléchir à la mission de service public quand l'épidémie sera là. Quel va être le rôle des médecins de ville ? Quels seront les spécialistes qui seront mobilisés ? Et comment le seront-ils ?

Autre cas de figure : quand nous avons auditionné le ministre de l'Education, Gilles de Robien, il nous a dit que durant la phase pandémique ­ si elle a lieu ­, il serait utile que les enseignants puissent assurer un suivi scolaire des élèves. Mais sur quelles bases ? Le volontariat ? Sur une mission de service public ? Le ministre nous a répondu : «Oh non, il ne faut pas parler de mission.» On est dans le non-dit.


Il faut un discours beaucoup plus clair à destination de l'opinion publique. Il faut responsabiliser les gens et la société.

Devant une épidémie, ce sont d'abord des réponses individuelles. De plus, il ne faut pas avoir peur d'initier un discours fort de mobilisation du service public. De tous les services publics. Ce ne sont pas seulement les médecins et les infirmières qui sont concernés ; il y a aussi les enseignants, les transports publics... Il faut réfléchir à leur rôle, réfléchir aussi à leur protection.

Pour y parvenir, et changer ainsi d'échelle dans la sensibilisation, je propose qu'une conférence sur la pandémie rassemblant tous les acteurs, aussi bien politiques que civils, se tienne. Et en débatte.

Or, quand j'en parle au gouvernement, on se contente de me répéter que tout va bien, que notre plan est le meilleur d'Europe. Je constate une hésitation politique à se lancer dans la responsabilisation citoyenne. On reste dans une logique typique de celle qu'impulse d'ordinaire le ministère de l'Intérieur. Et non dans une logique de santé publique.

Note ryback: S'il reste des lacunes concernant la mise en place et le suivi d'un tel phénomène, même éventuel, il faut absolument les régler avant. Gouverner c'est prévoir (emile de girardin) donc tout doit être prévu, c'est l'anticipation d'une situation qui limite la casse.

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Ryback 14/06/2006 19:42

tout à fait bernard, c'est la paix des consciences.

bernard 14/06/2006 14:21

Cela est typique de notre société actuelle : se préparer c\\\'est avoir des objets (tamiflu, masques...) plutôt qu\\\'une capacité  humaine.  On a  pu observer  la même  attitude  avec le risque supposé d\\\'une attaque  à la variole :  "une seule solution, des vaccins!" Et aussitôt de commander et de stocker  alors que la variole, quoiqu\\\'on en dise, ne fut  pas vaincue ainsi  mais, après échec des grandes campagnes de  vaccination,  par la recherche active  des malades, leur isolement immédiat, la recherche active des  contacts, leur surveillance  (2 semaines) et leur isolement  à la première  fièvre, avant de devenir contagieux.Pour cela il fallait surtout des équipes motivées et dynamiques, comprenant bien l\\\'épidémiologie de la variole et capables de s\\\'en servir sur le terrain. Cela pourrait  s\\\'enseigner comme exemple pour initier une dynamique et une responsabilité citoyenne.  Il est vrai qu\\\'on préfère depuis  longtemps le célèbre : "dormez  en paix braves  gens,  nos stocks veillent sur vous!"

ryback 14/06/2006 14:00

Réaction pertinente: Je n'ose même pas imaginer qu'il s'agisse en fait d'une manoeuvre politique, ce serait vraiment très nul comme procédé. Il est certain que personne ne peut affirmer qu'un état est très préparé. Même très préparé, il est impossible de faire face à une telle situation car elle touchera (peut être jamais) l'ensemble de la population et entrainera automatiquement des problèmes dans les rouages de la superbe machine censée fonctionner sur le papier. Pour conclure: ce n'est pas un problème politique mais bien un problème de santé publique. Et la santé publique n'est pas le privilège d'un courant de pensé. (J'dis cela juste au cas où .......)

slagyf 14/06/2006 13:23

j'aimerais bien que Mr LE GUEN en parle à un gouvernement de gauche pour voir si celui-ci aurait plus de réactivité que l'actuelle équipe dirigeante.
Bien des experts parlent du risque de dislocation sociale lors de la pandémie.
Tous ceux qui suivent cet excellent blog doivent avoir à l'esprit qu'ils devront être les précursseurs d'une dynamique sociale de confiance et essayer d'être acteurs efficaces pour transmettre les gestes primordiaux pour éviter le pire. Pour cela il faut être prêt à certains sacrifices très personnels qui peuvent aller jusqu'à notre propre vie.
Nous avons perdus cette dose de courage que pouvaient avoir nos ancêtres résistants au fléau de l'humanité (guerre, peste et autres calamité mortelle) simplement parce que nous ne pouvons plus affronter la souffrance et la mort (peu de gens meurent chez eux de nos jours entourés de leur famille dans leurs derniers instants).
J'espère qu'elle ne viendra pas cette pandémie car même techniquement bien préparé nous ne pourrons rien contre le manque d'humanité.