Bilan de l’exercice d’état-major sur la grippe aviaire.

Publié le par ryback

Après les exercices locaux effectués sur le terrain, en Bretagne et à Lyon, le plan Pandémie grippale a fait l’objet d’un nouveau test, national celui-là, qui a impliqué pendant deux jours les cabinets et les hauts fonctionnaires d’une dizaine de ministères, avec le concours de divers panels. « Grosso modo, le plan Pandémie fonctionne », estiment les organisateurs de l’opération, qui détaillent différents points dans la rubrique « à améliorer ».

LUNDI ET MARDI, ils furent quelque 300 « joueurs », selon la terminologie retenue, à participer à ces grandes manoeuvres ministérielles.

Trois cents membres de cabinets ministériels et hauts fonctionnaires de diverses administrations: Santé, Intérieur, Défense, Transports, Economie et Finances, Industrie, Education...

Pour cet exercice d’état-major, le secrétariat général de la Défense nationale (Sgdn) leur avait concocté un scénario en deux séquences.

La première débutait avec un (faux) journal télévisé, qui annonçait la confirmation des premiers cas de transmission d’homme à homme du virus H5N1, dans un pays situé à l’est du Vietnam et baptisé, pour ne fâcher personne, la Sickchikie.

Cette situation correspond au niveau 5A du plan gouvernemental de prévention et de lutte contre la pandémie grippale, avec l’arrivée possible de cas en provenance d’un pays étranger. Cette séquence, malgré toutes les mesures à mettre en oeuvre pour retarder l’arrivée du virus en France et limiter sa propagation sur le territoire national, prélude à la situation 5B : extension des cas humains groupés en France.

La deuxième séquence, le lendemain, était censée se dérouler trois semaines plus tard.
On est alors en pleine phase 6 : alors que l’OMS estime à 9 millions le nombre des malades en Sickchikie et y totalise 270 000 morts, le bilan en France s’élève à 4,05 millions de personnes contaminées et à 33 300 décès.

A ce stade pandémique, la cellule interministérielle de suivi de crise (CIC) a quitté le ministère de la Santé, où elle fut tout d’abord activée, pour prendre ses quartiers au ministère de l’Intérieur.

Ce passage de relais entre l’avenue de Ségur et la place Beauvau constituait, aux dires du secrétaire général de la Défense nationale, Francis Delon, l’une des deux innovations de l’exercice, la seconde ayant consisté à faire travailler les quelque 300 joueurs mobilisés in situ, dans la réalité de leur lieu de travail.

C’est là, sous les lambris ministériels, que leur furent « injectés » les différents événements détaillés dans les scénarios, une centaine en tout, cependant que s’activaient en coulisse des panels et des groupes professionnels censés représenter la société française et refléter les réactions des uns et des autres : deux panels « opinion publique », pour observer les réactions du public confronté à la situation et quatre groupes professionnels (gestionnaires territoriaux de crise, professions de santé, entreprises et services à la population, monde agricole).

Tirant le bilan de ces deux journées, M. Delon a estimé que «grosso modo, le plan fonctionne; les mesures prévues sont pertinentes; les dotations en matériels (masques et antiviraux) constituent un atout considérable de l’organisation de sécurité française». Evidemment, a ajouté le Sgdn, «certaines choses marchent plus ou moins bien et si nous concluions que tout va bien, cela ne manquerait pas de paraître suspect».

De fait, la liste des points devant faire l’objet d’une amélioration, égrenée par le Pr Didier Houssin, est conséquente. Le délégué interministériel chargé de la préparation et de la lutte contre la pandémie grippale cite, pêle-mêle : la nécessité de mettre en place des structures intermédiaires entre les dispensaires et les hôpitaux, de manière à pouvoir prendre en charge un nombre considérable de patients ; la sécurité des points de distribution des produits de santé, en particulier des pharmacies (le scénario prévoyait des attaques d’officines) ; l’organisation hospitalière, avec les modalités de déprogrammation de tout ce qui n’est pas indispensable ; la question «qu’il va bien falloir se poser en face» de la distribution de masques pas seulement aux professionnels de santé, mais aussi au grand public ; l’organisation funéraire avec la saturation des entreprises de pompes funèbres et l’incompréhension du public quand, au motif que les rassemblements sont interdits, il n’est plus possible de participer aux manifestations cultuelles ; la gestion « humaine » des populations frontalières qui viennent en France pour se procurer les matériels médicaux et les médicaments qu’elles ne trouvent pas sur leurs territoires ; l’organisation du chômage partiel ; la sécurité des chaînes logistiques de transport ; la gestion des déchets avec, peut-être, la remise en service d’incinérateurs qui n’observent plus les cahiers des charges européens ; la continuité pédagogique dans les établissements scolaires , la maintenance dans les établissements carcéraux, avec les mouvements de désaffection parmi les personnels ; les procédures pour garantir le versement des minima sociaux.

Parmi les événements injectés, les rumeurs et leurs conséquences n’étaient pas les moindres : on peut se faire vacciner en se rendant à tel endroit. Inversement : le gouvernement a décidé de limiter la vaccination à telle ou telle catégorie ; « ils » sacrifient telle ou telle mégapole où le ramassage des ordures n’est plus assuré... Autant de sujets à débordements, avec des effets dominos aussi délétères qu’imprévisibles, quand la pandémie met le feu à l’ensemble de l’édifice social. Et autant de raisons, souligne le Pr Houssin, d’anticiper, de se préparer et de se prépositionner à tous les étages.

Note ryback: Intéressant cet exercice.

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slagyf 30/04/2006 08:54

je suis d'accord avec RYBACK. Je ne pense pas qu'actuellement il y ait une info particulière que ce blog ne connaisse pas. Seul le niveau d'alerte à 3A porte à discussion mais le reste est à mon sens crédible. Un niveau 4B ou 5A sera très difficile à dissimuler pour les autorités françaises et celles d'autres pays (sauf peut être la Chine ou tout autre pays totalitaire ne donnant pas d'information fiable sur la situation sur leur territoire).

sinus 29/04/2006 13:29

""On nous cache tout on nous dit rien"
Pourquoi autant de travail .quelles informations l'état a t il
Pourquoi de telles simulations .

ryback 29/04/2006 16:54

Je pense que tout plan doit être testé avant tous évènements d'ampleur considérable.Du moins, c'est ce que je crois, sinon un plan non testé, c'est certain que l'on va droit dans le mur !